Le célèbre cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG) vient de publier une étude toute récente (janvier 2011) sur les “global challengers”, ces entreprises du Sud qui rivalisent, et parfois surclassent, les
multinationales établies.
Sous le titre « Companies on the Move: Rising Stars from Rapidly Developing Economies Are Reshaping Global Industries », l’étude révèle que ces global challengers sont en train de bouleverser le paysage de l’économie mondiale et celui la compétition entre entreprises. C’est une lecture particulièrement riche qui montre, en particulier, que l’émergence de champions industriels dans les pays du Sud est déjà une réalité ; mais, plus encore, que ces entreprises vont prendre une position encore plus forte dans l’économie mondiale à l’horizon 2020.
En plus de faire découvrir qui sont ces global challengers, l’étude de BCG révèle les raisons de leur succès dus, en particulier, à l’adoption de stratégies disruptives. Voilà une illustration saisissante des idées que le professeur Taïeb Hafsi a présenté lors du déjeuner-débat du 6 avril que la think-tank avait organisé sur ce thème. C’est aussi une raison supplémentaire de croire en l’émergence de champions industriels algériens.
Comme l’étude est en anglais, j’ai fait une traduction libre de l’executive summary que vous trouverez ci-dessous. Pour ceux qui veulent consulter le document original en entier, ce que je vous recommande vivement, vous le trouverez en cliquant sur fichier suivant : Téléchargement EMERGENTS BCG
Smaïl Seghir
Executive summary
Les “Global challengers” [qu’on peut traduire par “les entreprises du Sud qui rivalisent avec les entreprises mondiales”] sont des entreprises basées dans les économies en développement rapide (les RDEs[1]) et qui sont en train de bouleverser l’ordre économique établi.
- Les global challengers identifiés dans cette étude ont connu une croissance annuelle moyenne de 18 % et des marges opérationnelles de 18 % également sur la période 200 à 2009.
- Durant cette période, la rentabilité des capitaux investis dans ces entreprises a été de 17 %.
- Ces entreprises se sont aussi caractérisées par une politique agressive d’acquisition de sociétés étrangères dans le but d’accroître leur envergure, d’acquérir des marques et du savoir-faire technologique, et de bâtir des économies d’échelle.
En 2011, les global challengers constituent un ensemble diversifié, reflétant la nature dynamique de la compétition mondiale.
- Ces entreprises proviennent de 16 pays, avec la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et la Russie qui dominent dans la liste ; quoique ces derniers pays ont vu leur domination se réduire quelque peu ces dernières années.
- L’Afrique, un continent avec de nouvelles ambitions, a placé quatre entreprises dans la liste.
- Quatre secteurs industriels – les mines et la métallurgie (avec neuf challengers), l’acier (avec huit), la construction (avec six) et les énergies fossiles (avec six) – sont un signe de l’importance des infrastructures et des ressources naturelles dans le succès des économies en développement et des entreprises qui y sont installées.
- A travers les 100 challengers de la liste, on peut déceler cinq tendances qui vont remodeler le commerce international, non seulement pour les global challengers mais aussi pour l’ensemble des entreprises engagées sur les marchés mondiaux :
- L’émergence des entreprises de BTP chinoises ;
- La course pour les matières premières ;
- L’essor des conglomérats diversifiés ;
- La nécessité de construire des marques mondiales dans la consommation ;
- Le recours plus marqué aux partenariats.
Les challengers globaux sont en train d’entrer dans une nouvelle décade de renforcement de leur puissance.
- Ces entreprises ont développé des modèles d’affaires [business models] innovants et comprennent mieux les marchés émergents qui seront les moteurs de l’économie mondiale.
- Elles ont des situations financières solides et profitent des opportunités pour acquérir des actifs attractifs pour mieux rivaliser avec des compétiteurs établis qui, eux, sont dans une phase de reprise.
Dans leur quête pour le leadership mondial, plusieurs de ces global challengers sont en train de distancer des multinationales établies.
- Dans les cinq prochaines années, environ 50 de ces global challengers pourront prétendre à figurer dans le classement des 500 entreprises du classement de Fortune Global 500.
- À l’horizon 2020, les global challengers pourront générer un chiffre d’affaires de l’ordre de 8 trillions de $, équivalant approximativement à ce que génèrent aujourd’hui les 500 entreprises du classement Standard&Poors.
De plus en plus, les global challengers seront engagés dans des batailles avec les entreprises des pays développés.
- Une bataille pour les segments de marchés dans les économies émergentes. La classe moyenne dans les marchés émergents représentera 30 % de la population mondiale vers 2020. Beaucoup de challengers ont déjà construit des business efficaces qui servent ces marchés ; mais ils ont besoin de consolider leurs positions et rechercher la croissance et la diversification.
- Une bataille pour le leadership industriel. Durant cette décade, la rivalité entre les entreprises établies et les global challengers va s’intensifier. Les challengers vont devoir aller au-delà des avantages de coût et de localisation pour créer des organisations mondiales, des marques solides et des capacités d’innovation de premier plan.
- Une bataille pour de nouveaux marchés. Il y a plusieurs terrains de bataille : l’Afrique, un continent souvent négligé ; les marchés domestiques des RDEs ; le commerce avec les autres RDEs ; et les villes petites et moyennes plutôt que les méga métropoles bien connues. Les global challengers pourront tirer avantage de leur connaissance de ces marchés pour développer des produits adaptés et des marques compétitives qui associent qualité et valeur.
La compétition entre les multinationales et les global challengers ira croissant durant cette décade.
- À mesure que la compétition s’intensifie, les frontières entre les deux types d’entreprises continueront à devenir moins nettes.
- Durant la décade, les entreprises globales qui réussiront seront identifiées moins en raison de leur marché domestique et plus par la façon dont elles se seront adaptées à l’évolution rapide du monde où elles opèrent.
[1] RDEs : Rapid Development Economies.