Dans la dernière note publiée dans notre blog consacrée au rapport 2012 Doing Business de la Banque mondiale, nous vous avions livré le contenu d’un article de la prestigieuse Quarterly Review du cabinet McKinsey sur les transformations réalisées par la Géorgie qui ont fait passer ce pays de la 138ème position de ce classement en 2003 à la 16ème en 2011.
Nous vous livrons aujourd’hui la traduction d’un autre article paru dans le numéro d’octobre 2011 de la même revue du cabinet McKinsey consacré au cas de la Malaisie. Ce pays, classé aujourd’hui parmi les 20 premiers pays dans le classement Doing Business, a aussi entrepris des changements radicaux pour améliorer sa gouvernance. Pour cela, il a mis en place une structure transgouvernementale chargée spécialement d’impulser les changements. En l’espace de quelques mois, cette structure a permis d’atteindre des résultats exceptionnels. Et cela, grâce à l’adoption d’une méthodologie novatrice utilisant des techniques d’action spécifiques et rigoureuses. Une initiative qui donne une consistance concrète à la notion “d’organisation experte” que certains observateurs appellent de leurs vœux pour conduire les transformations nécessaires dans la gouvernance de notre pays.
Les consultants de McKinsey ont interviewé le responsable de cette structure. Voici la traduction non officielle de leur papier :
Comment enclencher la croissance de la Malaisie :
un entretien avec Idris Jala
Un haut fonctionnaire parle des leçons tirées du grand effort de transformation lancé par son pays.
par Eoin Daly et Seelan Singham
La Malaisie a fait des progrès considérables mais reste un pays à revenu intermédiaire qui aspire à atteindre d’ici 2020 le statut de pays à revenu élevé. Pour enclencher cet effort, la Malaisie a annoncé au mois de janvier 2010 son Programme Gouvernemental de Transformation (ou GTP pour Government Transformation Programme). Ce GTP vise à obtenir rapidement des résultats majeurs dans les services publics qui sont considérés les plus importants pour la population. Il a été suivi au mois d’octobre 2010 par un Programme de Transformation Économique (ou ETP pour Economic Transformation Programme), une feuille de route qui doit amener la Malaisie au statut de pays à revenu élevé en 2020. Ce programme vise une croissance annuelle de 6 % sur la période et le doublement du Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant pour le mener à 15.000 $, atteignant le standard de la Banque mondiale pour un pays à revenu élevé.
Pour conduire cet effort, Najib Tun Razak, le Premier Ministre, a désigné Idris Jala en tant que ministre et Directeur Général d’une nouvelle entité appelée Unité de Gestion et de Réalisation des Performances (PEMANDU pour Performance Management and Delivery Unit). Jala, âgé de 53 ans, amène avec lui son expérience dans le redressement d’entreprises, une expertise qu’il a développée en travaillant chez Shell, la société pétrolière, et la compagnie aérienne Malaysia Airlines. En poste depuis bientôt deux années, Jala s’est entretenu récemment avec Eoin Daly et Seelan Singham de chez McKinsey sur les programmes GTP et ETP et leurs premiers impacts sur le pays.
The Quarterly : Quelle est l’origine du Programme Gouvernemental de Transformation de la Malaisie ?
Idris Jala : Le programme de transformation est l’invention personnelle de notre Premier ministre, Dato’ Sri Najib Tun Razak. Lorsque Mahathir bin Mohamad était Premier ministre en 1991, il a sorti un document appelé Vision 2020. Aussi, si vous regardez ce que nous avons décidé de faire, il est clair que l’assise du programme est dans cette vision – et comme il ne nous reste que dix années pour réaliser la vision, nous devons aller très vite. Çà c’est le premier point. Le deuxième point que je dois mentionner c’est que beaucoup de choses doivent être faites de façon radicalement différente si nous voulons atteindre l’objectif. Vous ne pouvez pas vous contenter de résultats moyens. Vous devez viser des objectifs grandioses et vite !
Lorsque nous avons commencé à travailler sur le Programme Gouvernemental de Transformation, nous avions besoin d’identifier les domaines où la population voulait que nous réalisions des changements radicaux. Il s’agissait de la criminalité, de la corruption, des infrastructures rurales de base, des transports publics urbains, des ménages à bas revenu et de l’éducation. Ce sont là des domaines qui sont particulièrement importants et ardus. Mais si vous réussissez à faire des améliorations consistantes et rapides, cela aura beaucoup d’impact pour notre pays.
The Quarterly: Pouvez-vous décrire le programme en cours à ce stade ?
Idris Jala : Nous sommes dans la première année de la phase d’implémentation du programme GTP. Durant cette première année, nous avons atteint 112 % de nos indicateurs de performance-clés que nous avions fixés, avec seulement 79 % du budget prévu.
Nous avons ainsi réduit le taux de criminalité globale de 15 % et celui de la criminalité routière de 35 % en l’espace de douze mois. Deuxièmement, sur 5.600 personnes poursuivies pour corruption, nous avons lancé 2.400 enquêtes approfondies, inculpé 540 individus et condamné 331 d’entre elles l’année dernière. De plus, nous avons publié les noms de toutes les personnes condamnées pour corruption et, pour la première fois dans l’histoire de la Malaisie, nous avons introduit un dispositif légal qui protège la dénonciation des fraudes (whistle-blowing).
Dans le domaine de l’éducation, nous avons atteint nos objectifs d’alphabétisation. Nous avons accueilli 54.000 nouveaux enfants dans les classes spécialisées. Dans le domaine du transport urbain, nous avons augmenté de 12 à 15 % le taux moyen de charge. Et nous avons transporté 2,4 millions de passagers en plus sur nos trains de banlieue. Dans le domaine des infrastructures rurales, nous avons atteint un record de 775 kilomètres de routes nouvelles construites et livré 35.000 logements avec l’eau courante, soit six fois plus de logements par rapport à l’année précédente. De façon globale, plus de deux millions de personnes ont vu leur vie impactée par les projets d’infrastructures rurales. Je pense que le plus beau dans cette histoire c’est que le service public a démontré qu’il peut bien fonctionner. Nous ne pouvions pas en attendre autant.
Certains peuvent émettre des doutes sur ces chiffres. Aussi, nous les avons fait valider par PricewaterhouseCoopers, un cabinet d’expertise comptable international, et nous les avons soumis à un panel d’experts internationaux d’Australie, de la Corée et du Royaume Uni ; comme au Fonds Monétaire International et au cofondateur de Transparency International.
The Quarterly : Ce sont là les chiffres. Mais qu’en est-il des changements sur le terrain ?
Idris Jala : Je suis allé dans un village de la jungle de Bornéo pour fêter l’achèvement d’un projet d’électrification rurale – les gens là-bas ont vécu dans leur village sans électricité pendant toute leur vie.
Cela m’a personnellement touché car je viens de la jungle. Je suis né dans un petit village près de la côte de Kalimantan. Lorsque j’étais gamin, je me souviens que pour aller à la ville le plus proche, il fallait une semaine de marche à travers la jungle et une autre semaine par bateau. Aussi je sais combien c’était dur de vivre dans les zones rurales éloignées. J’ai envoyé un message à ma femme pour lui dire : « Si nous devions n’atteindre aucun des objectifs du Programme Gouvernemental de Transformation, cette petite chose que nous avons faite pour ces villageois en leur apportant la lumière me suffit amplement. ».
The Quarterly : Comment fonctionne au jour le jour le Programme Gouvernemental de Transformation ?
Idris Jala : Nous avons créé une organisation appelée PEMANDU— qui veut dire Unité de Gestion et de Réalisation des Performances (Performance Management and Delivery Unit). Soit dit en passant, en langage malais Bahasa, PEMANDU veut dire « levier ». Nous avons reçu 5.000 candidats qui voulaient rejoindre cette entité. La sélection que nous avons menée nous a permis de retenir 127 personnes. Aujourd’hui, nous avons une équipe hyper motivée pour apporter des changements dans la société. La moitié d’entre eux viennent du secteur privé ; tandis que l’autre moitié vient de l’administration.
PEMANDU agit comme un catalyseur et un architecte dans le programme de transformation du pays. L’es agents de l’administration sont en charge de la conception et de la mise en œuvre des solutions. Ce sont eux qui sont les héros silencieux de tout le travail fait. Nous utilisons six techniques particulières dans notre méthodologie d’action.
La première chose que vous devez faire c’est d’être clair sur ce qu’est une réussite. À cet effet, nous utilisons une technique qui consiste à prendre en compte les opinions du public pour déterminer les domaines sur lesquels nous devons concentrer notre action. Beaucoup de gens se précipitent pour faire des choses sans se fixer des critères de succès clairs et sans dire comment les mesurer.
La seconde technique que nous utilisons consiste à faire des opérations pilotes ; en fait, une approche nouvelle et vigoureuse de résolution de problèmes. Par exemple, dans le cadre du Programme de Transformation Gouvernemental, nous avons 260 fonctionnaires, choisis parmi les meilleurs, qui travaillent dans six projets-pilotes dans chacun des Domaines Nationaux de Résultats Clés (National Key Result Areas). Ces fonctionnaires viennent de toutes les administrations : police, enseignement, transport… Les opérations-pilotes fonctionnent comme des laboratoires et durent habituellement entre six et huit mois pendant lesquels les gens travaillent à temps plein pour faire des analyses détaillées, mettent au point les solutions et tracent un programme d’action détaillé. Les solutions à trouver ne doivent pas voler “à 10.000 mètres” ; elles doivent, au contraire, se situer à “un mètre du sol” et très détaillées. Une fois que vous avez ce plan, il devient facile pour le mettre en œuvre sur le terrain.
Par exemple, lorsque nous nous sommes attaqués à la façon de redéployer les forces de police, nous nous sommes dits qu’il fallait le faire avec l’objectif de réduire la criminalité. À Kuala Lumpur, nous avons 501 secteurs comme localisations géographiques. Et nous y comptons une force de 2.892 policiers. Dans la façon ancienne de déploiement de cette force, qui consistait à diviser le nombre de 2.892 par 501, nous obtenions 5,8 policiers par secteur. Dans l’opération-pilote que nous avons réalisée, en analysant attentivement la criminalité sur les deux dernières années À Kuala Lumpur, nous avons découvert que la majorité des crimes et délits étaient commis dans 11 zones. Nous avons donc divisé le nombre de 2.892 policiers par 11. Ce qui veut dire que dans chacune des 11 zones sensibles, nous avons 260 policiers déployés. Sur cette base, et sur toute la Malaisie, nous avons déployé plus de 20.000 policiers sur 55 zones sensibles en moins de douze mois. C’était le plus grand redéploiement qu’a connu la police dans l’histoire de notre pays.
Une La troisième technique consiste à organiser des journées “portes ouvertes” ou séances municipales. Nous y invitons tout citoyen malaisien pour y participer et discuter avec nous des résultats que nous avons trouvés dans nos laboratoires. Tout le monde peut participer – du chauffeur de taxi à l’enseignant, du médecin à l’avocat, de l’épicier aux associations de la société civile, et même des parlementaires de l’opposition aux fonctionnaires de l’administration. Tous nos programmes sont accessibles au public pour lui permettre de les examiner en détail. Ainsi, nous avons pu recueillir le feedback de 8.500 Malaisiens ce qui nous permet d’affiner notre travail. Plus de 85 % des personnes qui sont venues à ces rencontres ont déclaré supporter nos programmes. Et plus de 75 % ont dit que ces initiatives et les programmes correspondants sont de très bonnes choses.
Notre quatrième technique consiste à publier un document de 264 pages qui détaille l’ensemble de nos promesses et que nous appelons la Feuille de Route du Programme Gouvernemental de Transformation (Government Transformation Programme Roadmap). De cette façon, nous n’avons d’autre choix que de réaliser nos promesses car tout le monde en est bien informé et dans le détail.
La cinquième technique c’est ce que nous appelons le système de suivi et de reporting à travers des comités de direction avec des rapports hebdomadaires et des interventions quotidiennes. Le terme que nous utilisons aussi c’est la “discipline de l’action”. Chaque vendredi, j’ai des réunions de résolution de problèmes avec mon équipe et les équipes de fonctionnaires concernées. Nous y traitons uniquement des problèmes. Nous n’y parlons pas des résultats. Chaque mois, on organise une réunion entre le ministère en charge de la question et les services de l’administration concernés, présidée au départ par le premier ministre et à présent par le vice-premier ministre. Et chaque six mois, le Premier ministre passe en revue les performances de chaque ministre par rapport aux indicateurs de performances fixés en début d’année.
Enfin, la sixième technique nous oblige à publier chaque année un rapport public sur nos résultats. Ce rapport de 250 pages dévoile en détail ce que nous avons réalisé ; et aussi ce que nous n’avons pas fait sur les 12 mois.
C’est parce que nous avons mis en œuvre ces six techniques rigoureuses pour accompagner notre programme que nous avons été capables d’atteindre des résultats aussi vite. Je suis totalement convaincu que ce sont ces techniques qui nous permettent de rester concentrés dans la durée. Un coureur de fond acquiert de l’endurance en courant. Plus l’athlète court, plus il acquiert de l’endurance.
The Quarterly : Qu’est-ce que le gouvernement a décidé de faire pour lancer le Programme Gouvernemental de Transformation ?
Idris Jala : Le modèle tel que nous l’avions imaginé visait à faire en sorte que l’économie malaisienne soit transformée pour devenir une économie à haut revenu. Deuxièmement, nous voulons nous assurer que la majorité des citoyens bénéficient de cette prospérité. Troisièmement, il fallait assurer la durabilité, ce qui veut dire que les transformations à réaliser puissent se prolonger sur une longue période et non pas limitées dans le temps.
Ce programme économique se différentie de ceux envisagés dans d’autres pays ou de ce que la Malaisie a fait par le passé ; et cela, de trois façons. Premièrement, le programme vise la focalisation et la compétitivité. Nous avons choisi de nous focaliser sur 12 secteurs qui devront être les moteurs de la croissance – par exemple, l’huile de palme, la santé, le tourisme… Nous avons aussi lancé des réformes profondes pour améliorer notre compétitivité dans les domaines des normes internationales, la libéralisation, le développement du capital humain, la transformation des services publics.
Deuxièmement, le programme est très concret. Ce n’est pas un plan abstrait sur la stratégie et nos intentions. Au contraire, nous avons identifié 133 projets, lesquels, dès leur mise en route, vont avoir un impact significatif sur l’économie. Le programme a ses objectifs, ses étapes, ses critères de performance. Le programme est un document de 605 pages appelé La Feuille de Route du Programme Gouvernemental de Transformation (The Economic Transformation Roadmap). Nous l’utilisons comme un prospectus à destination de toutes les entreprises installées en Malaisie qui veulent investir dans notre pays. Si vous souhaitez investir et croître dans l’un des secteurs choisis, nous vous encouragerons à considérer les opportunités qu’ils offrent et les traduire en projets. Sur les dix prochaines années, nous souhaitons que ce processus donne naissance à des milliers de projets dont le secteur privé puisse s’en emparer pour prospérer.
Troisièmement, ce programme est une co-création avec le secteur privé. Nous avons 350 personnes venant du secteur privé et 150 agents du secteur public qui travaillent ensemble pendant huit semaines intensives dans des laboratoires. En fait, c’est comme si le secteur privé disait au gouvernement ce que nous devrions faire. Près de 92 % des 144 milliards de $ du projet d’investissement sur la prochaine décade viendront du secteur privé. Et seulement 8 % viendront du gouvernement.
The Quarterly : Vous en êtes encore au tout début, mais pouvez-vous déjà nous parler de l’impact économique de ce programme?
Idris Jala : J’ai toujours pensé que dans toute transformation économique, l’indicateur-clé c’est l’investissement. Dans l’espace d’à peine huit mois de mise en œuvre, nous avons enregistré 170 milliards de ringgits malaisiens (environ $55 milliards de $) en termes d’investissements engagés, ce qui représente environ 12 % de notre objectif pour les dix années. Nous prévoyons de clôturer l’année avec un PIB de 220 milliards de ringgits malaisiens, avec la création de 362,396 emplois ; ce qui représente 13 % et 11 %, respectivement, des objectifs de la décennie. Jamais dans l’histoire de notre pays un tel niveau n’a été engagé par des investisseurs sur une période de huit mois, ni même une année ou une année et demie.
The Quarterly : Pouvez-vous nous citer un exemple d’investissement qui a été encouragé ?
Idris Jala : Je vais prendre le cas d’un projet qui n’avait pas pu démarrer. C’est celui d’un investisseur qui voulait construire un hôtel six étoiles à Kuala Lumpur de la chaîne St. Regis hotel. Pendant deux années, il s’était échiné à obtenir les approbations nécessaires sans succès. Le 25 octobre de l’année dernière, nous l’avons mis dans la liste des nouveaux projets. Deux semaines plus tard, les premiers piliers sortaient de terre. Vous pouvez ainsi constater la vitesse avec laquelle les choses peuvent avancer.
Nous pouvons aussi considérer le secteur des hydrocarbures qui est l’un des principaux contributeurs de notre économie. La Malaisie dispose de quelques champs pétrolifères et gaziers. Nous avons proposé de changer le régime fiscal, et non nous contenter d’une simple règle de partage de la production. Nous avons introduit ce projet auprès du gouvernement. Et subitement, nous avons vu une avalanche d’investisseurs dans le secteur des hydrocarbures.
The Quarterly : Quelle est a été la réaction du public à ces initiatives ?
Idris Jala : Bien évidemment, vous avez toujours des gens qui grognent et doutent lorsque vous voulez changer les choses. C’est notamment le cas lorsque nous avions décidé de rationaliser le système des subventions ; ce qui n’est jamais une décision populaire. Nous avons engagé des discussions avec le public pour expliquer pourquoi nous avions dû prendre des mesures aussi douloureuses. D’un autre côté, si vous n’obtenez pas de résultats concrets au bout de six mois, tout ce que vous avez entrepris sera immanquablement soumis au feu de la critique car les gens prétendront que le peuple ne pourra supporter les efforts qu’on lui demande
Cela prend du temps pour que le public se rende compte que ce que vous faites aura des répercussions positives pour lui. C’est pour çà que dès le début nous visons très précisément ce que nous voulons faire. Dans le domaine des transports publics, nous avons transporté 2,4 millions de passagers supplémentaires. Seule la personne qui a emprunté le train peut dire : “Oui, je vois la différence”. Mais les gens ceux qui n’utilisent pas les transports publics ne verront aucune différence. Les deux millions de personnes qui ont bénéficié des nouvelles routes rurales et de l’accès à l’eau potable peuvent constater l’impact. Le reste des 28 millions de Malaisiens ne le sauront pas. Ils ne pourront encore pas en sentir l’impact
The Quarterly : Vous venez vous-même du secteur privé où vous avez passé plusieurs années. Dans quelle mesure pensez-vous les outils du secteur privé peuvent fonctionner dans le secteur public ?
Idris Jala : L’une des raisons qui m’ont poussé à accepter cette mission c’est précisément pour voir comment les techniques et outils qu’on utilise dans le redressement d’entreprise peuvent être utilisés au niveau d’un pays. Je pense que toutes ces techniques sont valables pour transformer l’économie et l’organisation d’un pays. J’en suis absolument convaincu aujourd’hui. Les méthodologies sont les mêmes. Il y a juste une différence de point de vue que vous devez intégrer : l’usager et le client. Dans une entreprise, vous avez affaire à des clients. Dans l’administration, vous avez affaire au public, mais vous devez les traiter comme de vrais clients
The Quarterly : Pensez-vous que les six techniques dans votre approche “résultats grandioses et rapides” peut être applicable à d’autres pays.
Idris Jala : Bien sûr que oui. Je n’ai aucun doute là-dessus. Mais vous devez les utiliser toutes. Vous ne devez pas faire un choix et n’en utiliser que quelques unes. Sinon, çà ne marchera pas. Parce que le secret du programme c’est de modifier radicalement la façon de faire les choses. Ce n’est qu’à ce prix que vous pouvez changer le système de fonctionnement de l’économie et de l’administration.
Eoin Daly est Principal au bureau de McKinsey de Kuala Lumpur, où Seelan Singham occupe le poste de Directeur.