Les modifications profondes apportées par la mondialisation ouvrent de nouvelles opportunités aux pays du Sud. De plus en plus de champions émergent dans ces pays qui affirment leur suprématie sur les marchés mondiaux : Embraer et Petrobras au Brésil, Koç et Sabanski en Turquie, Reliance et Infosys en Inde, et bien d’autres encore... Ces réussites sont autant d’exemples qui démontrent la possibilité pour des pays ambitieux de pousser efficacement leurs entreprises dans le champ de la compétition mondiale.
Quel est le rôle des gouvernements dans cet effort, quelles stratégies gagnantes doivent être adoptées, comment les entreprises se préparent-elles pour réussir les transformations indispensables ? Ce sont parmi les questions que le professeur Taïeb Hafsi – professeur de stratégie à HEC-Montréal et président du comité exécutif du think-tank “Défendre l’Entreprise” – a traitées à l’occasion d’un déjeuner-débat organisé par le think-tank le 6 avril 2011.
Un déjeuner-débat qui a réuni au restaurant Le Tantra (Bois des Arcades) une vingtaine d'invités : deux anciens premiers ministres, des chefs d’entreprises parmi les plus prestigieuses, trois patrons de grands quotidiens nationaux, des consultants et observateurs de la scène économique algérienne…
Après avoir rappelé les fondamentaux de l’analyse stratégie, T. Hafsi a montré comment les “David” – ces nouvelles entreprises, souvent petites et nouvelles venues sur le marché - ont pu se mesurer efficacement aux géants – les “Goliath“. Elles ont pu réussir en adoptant des démarches qui élargissent les notions classiques de stratégies dites “génériques”. Des approches fondées sur une plus grande écoute de la clientèle et déployées de façon dite “asymétrique” ; c’est-à-dire, difficilement lisibles et copiables par les concurrents. Pour être réussies, ces stratégies asymétriques exigent une grande cohérence entre les objectifs stratégiques, l’organisation et le management des hommes.
Ces approches innovantes pour bâtir la compétitivité sont, selon T. Hafsi, parfaitement transposables aux entreprises des pays en développement. Toutefois, dans ce cas, elles nécessitent qu’on s’y attelle à travailler dans trois grandes directions :
- Réduire le risque politique. Il s’agit de faire en sorte que les règles du jeu soient les plus stables possibles. Pour cela, T. Hafsi estime que deux modèles peuvent aider à limiter l’incertitude pour les acteurs économiques : l’État dit “bienveillant” (la Chine populaire, Singapour…) ou le système démocratique fondé sur la concertation la plus large possible (pays occidentaux) ;
- Rendre les affaires attirantes. Pour T. Hafsi, chaque pays peut se créer des “diamants de la compétitivité” : une combinaison originale de facteurs favorables intégrant la taille des marchés et leur degré de sophistication, l’accès aux facteurs de production (technologie, finances, main d’œuvre), des industries de soutien puissantes et l’existence d’une dynamique concurrentielle forte ;
- Attirer les talents. Il s’agit de faire en sorte que la qualité de la vie (coût de la vie, logement, loisirs, éducation…) soit suffisamment élevée pour pouvoir attirer les ressources humaines dont ont besoin les entreprises.
La mise en œuvre de telles approches suppose une intervention vigoureuse de l’État. Mais une intervention qui ne doit surtout pas se confondre avec une forme d’étatisme de l’économie. Au contraire, T. Hafsi plaide pour un “gouvernement intelligent” dont la feuille de route devrait comprendre des jalons essentiels :
- Réduire le risque en mettant en place un environnement “sécure” pour la création stratégique ;
- Développer la connaissance nécessaire à la concurrence internationale ;
- Mettre en place les conditions favorables à la compétitivité de toutes les entreprises ;
- Favoriser, de façon subtile, les entreprises installées dans le pays, générant prospérité et emplois.
Du côté des entreprises qui veulent devenir des “David”, leur feuille de route devrait être la suivante :
- Chercher à concevoir et déployer des stratégiques asymétriques ;
- Prêter davantage d’attention aux clients ;
- Se donner des grands rêves… mais en gardant les pieds sur terre ;
- Se donner un leadership fort, capable de créer et de maintenir l’enthousiasme des collaborateurs.
Le résumé de la conférence du professeur Hafsi est donné dans le fichier ci-dessous :